L’occupation en chiffres
Le Haut-Karabagh: la date d’occupation - 1988-1992, la superficie – 4400 km² ; La région de Choucha : la date d’occupation – 8 mai 1992, la superficie – 289 km² La région de Latchine : la date d’occupation – 18 mai 1992, la superficie – 1840 km² La région de Kelbedjer : la date d’occupation – 2 avril 1993, la superficie – 3054 km² La région d’Aghdam : la date d’occupation – 23 juillet 1993, la superficie – 1150 km² La région de Djabraïl : la date d’occupation – 23 août 1993, la superficie – 1050 km² La région de Fuzouli : la date d’occupation – 23 août 1993, la superficie – 1390 km² La région de Goubadly : la date d’occupation – 31 août 1993, la superficie – 802 km² La région de Zenguilan : la date d’occupation – 29 octobre 1993, la superficie – 707 km²

La population d’Irevan

La population d’Irevan

Les informations sur la population d’Irevan, ville historique azerbaïdjanais peuvent être obtenues grâce aux notes de route de différents chroniqueurs et voyageurs, ainsi qu’aux livrets fiscaux dressés sous l’occupation ottomane. Les recensements menés après l’occupation du khanat d’Irevan par les troupes russes, les rapports statistiques, les calendriers annuels donnent des informations détaillées sur la population de la ville. Les sources initiales confirment que la population autochtone de la ville d’Irevan est essentiellement composée des turcs d’Azerbaïdjan. Des différences marquées des informations sur la population de la ville étaient liées aux guerres entre les Séfévides et les Ottomans. Le chroniquer et géographe turc Evliya Tchelebi a visité en 1647 la province de Tchoukhour-Saad et avait décrit en détail la forteresse et la ville d’Irevan dans son «Livre de voyage». Dans ce même livre, il racontait qu’il y avait environ 2060 maisons, la forteresse avait 3 mille gardiens, une armée de khan qui comptait entre 3 mille et 7 mille soldats de la province. Les estimations fondées sur ces données montrent qu’il y avait au total environ 25 mille habitants dans la ville d’Irevan, y compris la forteresse. Le voyageur français Jean Charden avait présenté en détail dans son œuvre «Un voyage de Paris à Isphahan» ce qu’il avait vu à Irevan en 1673. En décrivant la forteresse d’Irevan et le Palais de khan Charden écrivait que la forteresse qui disposait de presque 800 maisons est plus grande qu’une petite ville et elle n’est peuplée que des Séfévides. En disant des Séfévides, l’auteur faisait allusion à la population chiite turque d’Irevan. Quant à «Irevan ancien» Yervand Chaheziz a réaffirmé dans son livre l’information de Charden sur la population vivant dans la forteresse d’Irevan et écrit que seuls les Turcs vivaient dans la forteresse et les Arméniens n’y avaient que des magasins. Un autre voyageur européen, l’Allemand Caspari Schillinger, qui avait visité Irevan au printemps 1700 avait confirmé que selon leur nombre et position politique, les Azerbaïdjanais dominaient dans la ville. Il écrit : «Les Iraniens (les Turcs d’Azerbaïdjan) vivaient au centre-ville d’Irevan (à l’intérieur de la forteresse). Les bourgs et d’autres quartiers étaient peuplés de marchands et d’artisans arméniens qui étaient au service de l’église. Ils payaient des impôts aux Iraniens (c’est-à-dire aux Turcs d’Azerbaïdjan)».  L’Arménien Israël Ori, qui avait trouvé un moyen pour entrer dans le palais de Pierre Ier afin d’encourager les troupes russes à occuper les territoires azerbaïdjanais, avait montré les voies de la prise de la forteresse d’Irevan dans le 7e paragraphe de ses notes qu’il avait fait écrire par le traducteur au tsar le 25 juillet 1701. Il soulignait que les entrepôts de poudre à canon et d’autres munitions militaires étaient sous le contrôle des Arméniens et ils y fabriquaient d’argent iranien. I. Ori notait également que plus de 300 Arméniens résidaient dans la forteresse et qu’il était possible de négocier avec eux l’ouverture des portails de la forteresse aux troupes russes, et qu’avec une attaque brusque, on pourrait s’emparer de la forteresse. Des informations sur la réinstallation des Arméniens dans la ville d’Irevan à différentes périodes aussi existent. Après le couronnement tenu à Moughan en 1736, Nadir Chah avait distribué les otages arméniens à tous les khans. Le catholicos d’Etchmiadzine Abram Kretasi avait envoyé vers Irevan une partie des Arméniens pris en otage dans différentes régions. Au début de 1740, à l’initiative du catholicos Gazar Chahchesin, de nombreux Arméniens en provenance de Roum et du Kurdistan (Anatolie orientale) avaient été réinstallées à Etchmiadzine et dans des régions environnantes. 428 familles musulmanes, 224 familles chrétiennes et 9 célibataires avaient été inscrits dans le livre complet de la province d’Irevan, élaboré après la conquête ottomane en 1728. Selon cette liste, on peut dire que 63,5 % de 3369 habitants vivant dans la ville d’Irevan étaient les musulmans. Les Arméniens ne faisaient que 36,5 %. Compte tenu du fait qu’à cette période-là, environ 100 familles tsiganes chrétiennes résidaient dans la ville, il est devenu clair que les Arméniens constituaient seulement 21,6 % de la population locale, mais pas la majorité de la ville comme l’indiquent les chroniqueurs arméniens. Et en considérant que les voyageurs européens, y compris les missionnaires chrétiens obtenaient des informations sur la population de la ville d’Irevan à travers le catholicosat d’Etchmiadzine, il est facile de comprendre  les causes de la falsification des données au profit des Arméniens. Par exemple : lors de sa visite dans le Caucase du Sud, J. Charden avait été accompagné d’Allahverdi, serviteur arménien, et lors de son déplacement d’Irevan à Tabriz, il avait reçu des informations d’Arazin, guide arménien. Même si l’image de la région avait été déformé, les œuvres et les mémoires des voyageurs chrétiens prouvent que les Azerbaïdjanais avaient été la population autochtone de la ville d’Irevan, des régions avoisinantes et que les Arméniens y étaient venus plus tard.

L'exode massif des Arméniens vers le khanat d'İrevan a commencé en 1801 avec l’entrée des troupes russes sur le territoire du khanat. Les informations statistiques sur la population de la ville d’Irevan données par Ivan Chopyn, envoyé de Saint-Pétersbourg à Irevan sur l’invitation du général Ivan Paskevitch, ayant reçu le titre honorifique «Comte d’Erivan» pour ses services dans la prise de la forteresse d’Irevan, et qui avait effectué un recensement en 1829-1831 dans la «province d’Irevan», nouvelle administration territoriale, sont énumérées ci-dessous : «Les musulmans», «Les Arméniens autochtones», « Les Arméniens en provenance d’Iran» et « Les Arméniens en provenance de Turquie». I. Chopyn n’avait donné des informations que sur la population des quartiers de Chehri, de Tepebachy et de Demirboulag et n’avait pas inclus dans la liste l’information sur la population du quartier de Gala peuplé d’Azerbaïdjanais. Il avait indiqué que 2751 familles (11463), dont 1807  musulmanes (7331 personnes) et 567 arméniennes autochtones (2369 personnes),  366 familles arméniennes (1715 personnes) provenant de l’Iran et 11 familles arméniennes (48 personnes) provenant de la Turquie et 46 familles tsiganes chrétiennes (195 personnes) vivaient dans les trois quartiers mentionnés ci-dessus. Les «Arméniens autochtones» d’I. Chopyn étaient ceux qui avaient été réinstallés dans des quartiers hors de la forteresse d’Irevan depuis 1801 jusqu’à l’occupation de la forteresse.   Les informations rapportées par I.Chopyn sur les différentes couches de la population urbaine sont importantes. Suite à l’invasion russe la plupart des descendants de khan, des familles riches, des chefs religieux avaient quitté la ville et s’étaient installées dans différentes villes de l’Azerbaïdjan du Sud. Cependant, les Azerbaïdjanais constituaient la majorité des couches privilégiées de la ville. A cette époque-là, 4 familles de khan, 51 de bey, 19 de mirze (scribe), 50 de molla, 39 de Seyyid, 3 de derviche vivaient dans la ville. Il n’y avait que 8 familles de melik et de bey arméniennes, ainsi qu’un de scribe et  13 de prêtre à Irevan. Ainsi, 166 familles sur 188 de ces couches étaient celles azerbaïdjanaises et il n’y avait que 22 familles arméniennes. À la veille de l’invasion russe, le nombre total de la population chrétienne du khanat d’Irevan ne dépassé pas 20%. Les chercheurs occidentaux G.Bournoutian et R.Hewson avaient indiqué dans leur œuvre «Encyclopedia Iranica» et «The Persian khanate of Erevan» que : «A cause des guerres de Cent ans, en 1804, la population de la ville d’Irevan avait diminué à 6 mille  habitants. Sous le règne du dernier khan d’Irevan en 1827 la population avait augmenté et constituait plus de 20 mille habitants. Les Arméniens ne faisaient que 20% de la population. Suite au Traité de Turkmentchai et à l’immigration des Arméniens en provenance d’Iran et de Turquie, la population arménienne de la ville avait augmenté de 40 %. Le nombre de la population a été réduit à 12 mille habitants suite à l’abandon des Persans (les Azerbaïdjanais) de la ville».  Il ressort qu’avant l’occupation du khanat d’Irevan par les troupes russes, les Arméniens ne faisaient que 20% de la population de la ville. Vu qu’environ 20 mille habitants vivaient dans la ville, il est évident que le nombre des Arméniens était de 4 mille et celui des Azerbaïdjanais de 16 mille personnes. Après l’occupation, dans la ville il y avait 12 mille habitants dont 40 % d’Arméniens (4800 personnes) et 60% d’Azerbaïdjanais (7200 personnes). Ainsi, 8800 Azerbaïdjanais sur 16 mille résidant dans la ville avant l’occupation avaient quitté la ville et avaient été contraints de s’installer dans d’autres régions ou ont été tués suite aux guerres. En d'autres termes, la population azerbaïdjanaise de la ville a été réduite de moitié suite à la conquête russe. Le rapport statistique militaire  rédigé par Pierre Uslar, capitaine de l’Etat major de l’armée russe, et publié en 1853, contient des informations sur la population de la ville. Il y est indiqué que 1437 familles tatares (azerbaïdjanaises) et 1169 familles arméniennes  vivaient dans la ville. Autrement dit, la ville était peuplée de 55,2 % de familles azerbaïdjanaises et 44,8 % de celles arméniennes. Uslar montre également que 42 familles de religieux musulman, 3 de khan, 48 de bey, 27 de seyyid et 3 de derviche vivaient dans la ville. Il y avait seulement 33 familles de religieux et 2 familles de melik arménien. Selon les données de la Société Géographique Impériale Russe, les Tatars (Azerbaïdjanais) constituaient 54,5% de la population, soit 6900 personnes, alors que les Arméniens ne faisaient que 45,5%, soit 5770 personnes.  Lors du recensement de 1886, 14738 habitants (2968 familles) avaient été enregistrés dans la ville d’Irevan. 49,04 % (7228 personnes) de la population urbaine était les Azerbaïdjanais et 48,45 % (7142 personnes) les Arméniens. Le recensement de la population russe au eu lieu pour la première fois en 1897. A cet époque-là, 29006 habitants, dont 12516 Azerbaïdjanais (43,15%) et 12529 Arméniens (43,19%) résidaient dans la ville d’Irevan. Les statistiques indiquent que 1501 aristocrates (59,04) sur 2542 vivant dans le gaza d’Irevan étaient d’origine azerbaïdjanaise contre 306 d’origine arménienne. Suite à la répression des révoltes arméniennes en Turquie vers la fin du XIXe siècle, des dizaines de milliers d’Arméniens avaient quitté le pays et étaient venus en grande nombre dans le Caucase du Sud. La plupart d'entre eux s’étaient installés à Irevan en tant que réfugiés. Des massacres visant à assurer la réinstallation permanente des réfugiés arméniens à Irevan ont été commis entre 1905-1906 suite auxquels de nombreux Azerbaïdjanais ont été tués ou déplacés de leurs foyers natals. En 1896, environ 900 mille Arméniens vivaient dans le Caucase du Sud, et vers 1908, leur nombre avait dépassé 1301 mille. Entre 1914-1916, 350 mille Arméniens, en provenance de Turquie, ont été réinstallés dans le Caucase du Sud. La création des colonies arméniennes à Irevan avait détérioré la situation des Azerbaïdjanais autochtones. Un génocide contre les Azerbaïdjanais a été perpétré à Irevan entre 1918-1920 pendant le règne du gouvernement dachnak. Après l’instauration du régime soviétique en Arménie certains Azerbaïdjanais ont pu retourner à leur foyer. En 1922, la population azerbaïdjanaise d’Irevan n’était estimée qu’à 5124 personnes, mais le nombre des Arméniens avait atteint 40396. En 1926, à Irevan il y avait 4968 Azerbaïdjanais et 57295 Arménien, chiffres qui ont évolués à 5620 Azerbaïdjanais et 80327 Arméniens en 1931. En 1939, les Azerbaïdjanais constituaient 3,3 % (6569) de la population d’Irevan qui était estimée à environ 200 mille personnes. Le Conseil des Ministres de l’URSS avait adopté le 23 décembre 1947 une décision sur «Le déplacement des kolkhoziens et de la population azerbaïdjanaise de la RSS d’Irevan vers la plaine Koura-Araxe de la RSS d’Azerbaïdjan». Cette décision qui contribuait à la réinstallation des Arméniens en provenance devait être appliquée à la population azerbaïdjanaise vivant dans les zones rurales. Mais, en profitant de cette occasion, les dirigeants de l’Arménie sont parvenus à déporter la grande majorité des Azerbaïdjanais résidant dans la ville d’Irevan. Lors du recensement de 1959, les Azerbaïdjanais ne faisaient que de 0,7% (3413 personnes) de la population qui était estimée à presqu’un demi-million. Toutefois, au cours des 20 dernières années, le nombre des Azerbaïdjanais vivant à Irevan a dépassé 10 mille personnes grâce à l'accroissement naturel. Lors du recensement de 1979, les Azerbaïdjanais constituait 0,2%, soit  2341 personnes, de la population de la ville d’Irevan estimée à plus d’un million de personnes, dont 95,8% est composé d’Arméniens, soit 974176 personnes. Contrairement aux processus se déroulant en Arménie, les Arméniens vivaient en paix en Azerbaïdjan, y compris à Bakou. Leur nombre augmentait d’année en année. Surtout, suite à l’instauration du régime soviétique en 1920, l’afflux des Arméniens à Bakou et aux autres régions s’était accéléré. Le nombre des Arméniens vivant à Bakou avait atteint 207,5 mille en 1970, 215,8 mille en 1979, ce qui constituait 22,3 et 23,3 fois de plus qu’en 1914 (9281). En février 1988, suite au déclenchement du séparatisme arménien au Haut-Karabagh a commencé le nettoyage ethnique des Azerbaïdjanais pas seulement de la ville d’Irevan, mais aussi de l’Arménie entière, et ce processus s’est presque terminé avant la fin de la même année. Après que l’Arménie ait choisi l’agression militaire pour annexer le Haut-Karabagh, les Arméniens vivant à Bakou s’étaient retrouvés dans une situation désespérée et ils ont été contraints de quitter la ville. Lors d’une réunion du Présidium du Conseil suprême de l’URSS consacrée à la situation dans la Province autonome du Haut-Karabagh de la RSS d’Azerbaïdjan, tenue le 18 juillet 1988, Mikhaïl Gorbatchev, secrétaire général du Comité central du Parti communiste de l’Union soviétique, avait demandé à l’académicien Sergueï Ambarsoumyan, recteur de l’Université d’Etat d’Irevan, le pourcentage de la population azerbaïdjanaise à Irevan au début du XXe siècle. La réponse du recteur  était «Il m’est difficile de le dire», Mikhaïl Gorbatchev avait dit : «Vous devriez le savoir. Je vous le rappelle, au début du siècle, les Azerbaïdjanais constituaient 43% de la population d’Erevan. Et combien de pour cent d’Azerbaïdjanais vivent actuellement à Erevan?». S. Ambarsoumyan avait répondu : «A présent, ce nombre est très petit. Peut-être, un pour cent».

Tous les faits susmentionnés prouvent qu’au début du XIXe siècle les Azerbaïdjanais constituaient 80% de la population de la ville d’Irevan et la moitié vers la fin du même siècle. Suite au nettoyage ethnique mené vers la fin des années 80 du siècle dernier, il n'y a pas un seul azerbaïdjanais à Erevan.

Source : le khanat d’Irevan, la conquête russe et la réinstallation des Arméniens en Azerbaïdjan du Nord. Bakou 2010.

La ville d’Irevan, Bakou-2013. Nazim Moustafa